Montjustin, un village perché du Luberon entre pierres centenaires et lumière

9 juin 2026

La route s’élève en lacets serrés entre chênes verts et lavande sauvage. L’air devient plus sec, les odeurs de garrigue plus présentes. Soudain, le village se découpe contre le ciel, tel un nid d’aigle accroché à la falaise. Vous y êtes : Montjustin, perché à près de 600 mètres d’altitude, vous offre d’un seul regard les monts de Vaucluse, le plateau d’Albion et les premiers plissements des Alpes.

Cette commune des Alpes-de-Haute-Provence, l’une des plus petites du Luberon, ne compte qu’une cinquantaine d’âmes. Son maire, Jean-Pierre Bono (réélu en 2020), préside aux destinées de ce lieu où l’on vient chercher un silence presque total. L’histoire de Montjustin est celle d’un refuge : un oppidum ligure a précédé le castrum médiéval, ces remparts qui ceinturent encore le rocher, épousant le vide. Les maisons se serrent les unes contre les autres, comme pour mieux résister au mistral.

L'essentiel sur Montjustin
Montjustin est un village perché des Alpes-de-Haute-Provence, à environ 600 mètres d’altitude, offrant un panorama exceptionnel sur le Luberon et la plaine de la Durance. Ses remparts médiévaux, son cadran solaire et le prieuré de Carluc tout proche en font une étape de charme. À 18 km de Manosque et 25 km d’Apt, il se découvre à pied, dans un silence préservé.

Montjustin, un village perché à fleur de Provence

L’œil de Cartier-Bresson sur Montjustin

Un photographe tombé amoureux

Dans les années 1950, Henri Cartier-Bresson séjourne à plusieurs reprises dans la région, fasciné par la lumière et la vie paysanne. À Montjustin, il capture des scènes de rue, des visages burinés, des étendues de pierre. Une de ses photographies, montrant un paysan appuyé contre un mur usé par le temps, est exposée au musée des Arts Décoratifs de Paris. On raconte qu’il comparait le village à « une toile de fond parfaite pour un monde en train de disparaître ». Une anecdote locale veut qu’il ait offert un tirage à une habitante, aujourd’hui conservé dans la salle commune de la mairie. Cette complicité silencieuse entre le grand reporter et ce bout de Provence donne à Montjustin une note d’éternité.

Au fil des pierres : l’histoire et le patrimoine de Montjustin

Montez la rue pavée qui part de la petite place. Sous vos pas, les cailloux polis par des siècles de passages résonnent d’une histoire très ancienne. Avant le village fortifié du XIIe siècle, un oppidum celto-ligure occupait déjà ce promontoire. Les remparts médiévaux que vous longez ont été bâtis pour surveiller la vallée de l’Encrême et protéger les habitants des bandes armées ; il en reste aujourd’hui deux tours déchaussées et un chemin de ronde envahi par le thym. L’ensemble, bien que modeste, dessine une silhouette caractéristique contre l’horizon. Pour prolonger ce voyage dans le temps, découvrez le Prieuré de Salagon, un joyau médiéval à Mane.

Escaliers de pierre anciens et une arche usée du village médiéval de Montjustin, avec du lierre grimpant sur les murs et une douce lumière solaire filtrant à travers.

L’ancienne église Saint-Jean-Baptiste, en ruine depuis la Révolution, se dresse à l’extrémité du promontoire. Ses murs de pierre sèche sans toit laissent entrer le soleil à travers les arcades brisées. À vos pieds, une vue plongeante sur les champs d’oliviers et le hameau de Carluc. On ressent ici une présence presque palpable, celle d’un lieu de culte qui fut aussi un ultime refuge en cas de danger.

Plus bas, près de l’entrée du village, le lavoir couvert et sa fontaine rappellent les matins bruyants où l’on y frottait le linge en échangeant des nouvelles. Aujourd’hui, l’eau coule toujours, fraîche, dans le bassin en pierre. Les petites places s’animent rarement, mais chaque pierre semble chargée d’une mémoire paysanne que la végétation ne parvient pas à effacer tout à fait.

Le Prieuré de Carluc : une pépite romane à deux pas

À moins de trois kilomètres de Montjustin, un sentier balisé en jaune s’enfonce dans la garrigue et vous conduit à un lieu hors du temps. Le prieuré de Carluc, dédié à Saint-Pierre, fut fondé au XIIe siècle et rattaché à la puissante abbaye de Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon. L’ensemble, aujourd’hui en partie restauré, conserve une chapelle romane à la voûte en berceau, un petit cloître aux arcades primitives et un cimetière rupestre creusé dans la roche, où les tombes anthropomorphes rappellent l’époque carolingienne.

Chapelle romane en pierre avec un petit cloître, entourée de cyprès et de fleurs sauvages sous un ciel bleu clair.

L’atmosphère y est recueillie, presque monastique. Le chant des cigales s’atténue sous les pins d’Alep, et la pierre calcaire semble briller d’une lumière intérieure. Les passionnés d’architecture romane remarqueront les chapiteaux épurés et les traces d’un ancien système hydraulique qui alimentait le monastère.

Pour une visite complète, empruntez le sentier depuis le parking de Montjustin, puis redescendez par le même chemin (comptez 45 minutes de marche). Les plus sportifs pourront boucler une randonnée d’une demi-journée en reliant le prieuré à la crête du Luberon, avant de revenir par la vallée de l’Encrême.

Montjustin, Montfuron, Céreste : quel village perché pour vous ?

Le nord du Luberon multiplie les villages perchés, chacun avec sa personnalité. Pour vous aider à choisir votre point de chute lors d’un week-end, voici un aperçu des voisins les plus proches.

VillageDistance depuis MontjustinAttrait principalAmbiance
MontjustinVestiges médiévaux, cadran solaire, silenceIntime, sauvage, hors du temps
Montfuron7 kmMoulin à vent restauré, vue panoramique sur la DuranceAnimé, village de caractère avec une vraie vie associative
Céreste10 kmMarché provençal, grottes troglodytes, commercesBourg dynamique, étape appréciée des randonneurs

Montfuron séduit par sa place de village et son moulin encore en état de marche. Céreste, plus grand, offre des services (boulangerie, restaurants) et une atmosphère commerçante.

Montjustin, lui, reste le choix des amateurs d’authenticité brute et de solitude. Ici, pas de boutique, pas de station-service : le luxe, c’est la pierre et l’espace.

Balades et panoramas : que faire à Montjustin ?

La découverte de Montjustin commence par le village lui-même, mais les alentours réservent de belles surprises aux marcheurs. Le sentier des crêtes, balisé en jaune et rouge, part depuis le parking et monte doucement le long des remparts avant de suivre la ligne de crête. Cette boucle de 5 kilomètres (environ 1h30) offre des points de vue saisissants sur les deux versants : à l’est, le massif du Luberon oriental se détache dans la brume matinale ; à l’ouest, la plaine de la Durance s’étale jusqu’aux Alpilles par temps clair. Le dénivelé modéré (150 mètres) la rend accessible à la plupart des randonneurs. Prévoyez de bonnes chaussures, le terrain est caillouteux et le mistral peut souffler fort.

À l’entrée du village, ne manquez pas le cadran solaire géant, une œuvre contemporaine en pierre et métal installée sur la placette. Il indique l’heure solaire vraie grâce à un style incliné, et des explications gravées vous permettent d’en comprendre le mécanisme. Les enfants aiment y deviner l’heure en comparant avec leur montre, tandis que les photographes profitent de la lumière rasante du soir pour composer des images graphiques.

Un randonneur debout sur une crête rocheuse surplombant la vallée d'Encrême, avec un grand cadran solaire en pierre au premier plan, vue panoramique sur le parc du Luberon en fin d'après-midi.

Si vous préférez une promenade plus douce, descendez vers la vallée de l’Encrême. Le chemin suit le ruisseau entre saules et frênes, et vous pourrez même apercevoir des libellules au-dessus des vasques calcaires. En combinant cette boucle avec la visite du prieuré de Carluc, vous passerez une journée entière à pied, sans croiser âme qui vive.

Préparer votre escapade : infos pratiques et journée type

Accès et stationnement

Montjustin se rejoint en voiture par la D900, depuis Apt ou Manosque. La route étroite qui grimpe au village serpente entre chênaies et champs d’oliviers, offrant déjà un avant-goût des panoramas. À l’arrivée, un parking gratuit d’une vingtaine de places est aménagé juste avant le porche ; en haute saison, arrivez tôt le matin pour être sûr d’y trouver de la place. Le village est interdit aux véhicules, vous le visiterez à pied.

Vue aérienne du village perché de Montjustin sur une falaise rocheuse au coucher du soleil, avec des champs de lavande et les montagnes du Luberon en arrière-plan, baigné d'une lumière dorée chaude.

Où manger ?

Le village compte un gîte communal qui propose des tables d’hôtes sur réservation, mais pas de restaurant ouvert en permanence, ni de boulangerie. Pour vos provisions, les marchés de Céreste (le dimanche matin) ou de Reillanne (le mercredi) sont les plus proches. Un petit restaurant de producteurs, « Le Platane », à Montfuron, propose une cuisine de saison à midi.

Aucun commerce alimentaire n’est présent à Montjustin : prévoyez d’emporter votre pique-nique et de l’eau en quantité suffisante, surtout en été.

Questions fréquentes

  • Quelle est l’altitude de Montjustin ? Environ 600 mètres au niveau de l’éperon rocheux, ce qui explique les vues dégagées et les températures estivales souvent plus douces qu’en plaine.
  • Qui est le maire de Montjustin en 2026 ? Jean-Pierre Bono, un enfant du pays, est maire de la commune ; son mandat court jusqu’en 2026.
  • Où se garer ? Un parking gratuit à l’entrée du village est la seule option ; il est conseillé de ne pas tenter de se garer dans les ruelles.
  • Y a-t-il une boulangerie ? Non, aucun commerce alimentaire n’est présent à Montjustin ; il faut se rendre à Céreste ou à Reillanne pour acheter du pain frais.

Checklist pour une journée à Montjustin

  • 9h30 : Arrivée et stationnement au parking. Café dans votre thermos avec vue sur la montagne.
  • 10h00 : Visite du village : remparts, ruines de l’église Saint-Jean-Baptiste, cadran solaire.
  • 11h00 : Départ pour la randonnée des crêtes (boucle courte, 1h30 environ).
  • 12h30 : Pique-nique tiré du sac sur les tables de pierre près du lavoir.
  • 14h00 : Sentier vers le prieuré de Carluc (45 min à l’aller, retour à 16h).
  • 16h30 : Détour par la vallée de l’Encrême pour une pause fraîcheur.
  • 17h30 : Dernier regard sur les toits de tuiles avant le départ.

Montjustin se livre à ceux qui prennent le temps. Ce n’est pas un village musée, mais un lieu vivant où la nature et les siècles dialoguent à voix basse. Vous repartirez probablement avec la sensation rare d’avoir touché, l’espace d’une journée, une Provence préservée et immobile.

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